On a tous conservé quelque chose de notre adolescence.

Moi c’est mon sac à dos.

Il est gris délavé, aéré par d’infimes petits trous suspects et incrusté de tâches dont la provenance est depuis longtemps ensevelie sous un amoncellement de souvenirs festifs.

Vous savez, c’est ce dernier sac d’école que vous avez gardé, parce qu’« il est bien pratique tout de même ». Et puis de salles de classes en soirées étudiantes, de p’tits boulots en vraies vacances, de virées nocturnes en siestes dominicales, finalement, ce sac devient une nouvelle partie du corps (ben pourquoi pas, les kangourous ont bien une poche ventrale non ?)

 Mais sans verser dans la prose psychanalytique, ce sac à dos est devenu mon doudou de voyage. A tel point, que je le traine encore à toute occasion. Un presque trentenaire, propre sur lui, flanqué d’un sac effiloché accroché sur le dos, mérite bien quelques petites railleries, du genre : « Tiens Vincent, t’es venu en parachute ce soir ? »

Mais à quelques jours du départ, une lancinante question vient marteler mon esprit ramollit par la chaleur : est-ce que j’emmène mon sac d’ado dans notre périple ? Après une série d’arguments visant à m’auto-persuader de l’utilité de ce sac, je me retrouve face à une réalité glacée : par rapport à nos critères de sélection (taille, utilité, praticité), ce sac n’est pas adapté à notre voyage.

En caressant le tissu usé, une bouffée nostalgique m’envahit.

C’est que nous avons cavalé ensemble : festivals, concerts, fêtes d’Orthevielle (!), premières nuits chez les petites copines, aventures nocturnes dans les dunes, …

J’y enfournais des CD, ma veste à capuche, un paquet de clope (ouais, je sais …), quelques OCB, ... Tous ces objets indispensables venaient retrouver des tickets de cartes bleues, une enveloppe non ouverte, un peu de sable, une facture impayée et autres délicieuses paperasses en attente.

Tout au fond du sac, un livre s’écornait. Toujours le même. Ultime complice qui me broyait le dos à chaque fois, mais que jamais je ne bougeais tant sa présence m’apaisait. Il y a des douleurs qui rassurent.

Puis enfin, un petit calepin noircit par des notes venait se caller dans la poche de devant. Petit carnet, dernier phare avant la nuit noire …

Mais aujourd’hui, il est temps de laisser le doudou au placard. Je me sens prêt à affronter le monde, comme un « grand ».

Oui, je suis prêt.

Enfin, je crois …

Dans la série des "jamais sans ..." :
Jamais sans nos engueulades
Jamais sans mon canif
Jamais sans mes listes

A venir : "jamais sans nos coups de bol"

 

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