Ces dernières semaines, nous préparions activement notre voyage : démarches administratives, validation des chambres, vérification du matériel …

 

Mais moi, je n’avais qu’une idée en tête : m’acheter un canif.

 

En effet, je me suis toujours dit qu’un voyageur sans son couteau, c’était un peu comme un cow-boy sans son colt, comme un frigo sans magnet’, comme le tour de France sans dopage, …

 

Avoir un canif en voyage, c’est sentir que rien ne peut nous arriver. Un canif, c’est toute l’intelligence de l’homme concentrée dans quelques centimètres de métal. Vous pouvez tout vous permettre avec cet objet : envie de tartiner son kiri en plein désert, d’ouvrir une bonne bouteille au fin fond de la pampa, de décapsuler sa 1664 sur la banquise …

 

Mais plus que ces insignifiantes broutilles, avoir un canif, c’est pouvoir se prendre un court instant pour un héro oublié de notre mythologie post-moderne : Mac Gyver.

 

Lorsque que j’étais gamin, je pensais qu’en achetant un de ces couteaux Suisses, je pourrais moi aussi briller par mon ingéniosité et ma débrouillardise.

Après un 1er échec cuisant (j’étais persuadé que je pourrais démonter, mais surtout remonter, la voiture télécommandée de mon petit frère !) je constatai qu’il me faudrait prendre un peu de recul avec les séries télé.

 

Ce petit couteau multifonction signa aussi ma 1ère rencontre avec la Dame mondialisation. En effet, cette authentique œuvre d’art rouge vif, marquée d’une petite croix blanche garantissant sa provenance, était en fait étiquetée made in China !

 

Mais trêve de nostalgie. Il était temps pour moi de reprendre contact avec cet outil. Je me suis donc dirigé vers un magasin spécialisé.

 

Le canif m’attendait sagement dans sa vitrine lumineuse. Le vendeur au badge estampillé « Rayon montagne » libéra le saint graal de sa prison de glace.

 

Une fois en main, je dépliai fébrilement la lame jusqu’au petit claquement. C’est à ce moment qu’un souvenir enfoui dans ma mémoire, au fond du tiroir « honte de l’enfance » ressurgit. C’était pour mes 10 ans, et lorsque l’on m’offrit mon 1er canif, j’avais été incapable de replier la lame dans le manche, m’obligeant alors à réclamer mon père pour ouvrir et fermer mon couteau à chaque fois que je devais l’utiliser. Imaginez la situation embarrassante pour moi. Un peu comme si un dictateur été obligé de prévenir la ligue des droit de l’Homme à chaque fois qu’il s’apprêtait à envahir un pays ou commettre un génocide.

 

Mais revenons à notre magasin et à ce fameux claquement qui permet à l’utilisateur de savoir que la sécurité bloque la lame. Il n’est pas précisé dans la notice que pour ranger la lame, il faut comment dire, faire preuve de force et d’habilité. Comme depuis mes 10 ans, ces deux qualités n’ont jamais vraiment exprimées toute leur potentialité (c’est une façon pompeuse de dire qu’aujourd’hui encore, je suis gauche et sans grande force physique !), je me suis évidemment coupé en refermant la lame, devant le regard inquiet du vendeur.

 

« Je le prends » dis-je en entourant mon doigt d’un kleenex.

 

Je suis maintenant chez moi, seul avec mon nouvel ami.

 

Il est complet : 2 lames, un tire bouchon, un tournevis, un cure dent, un décapsuleur, une aiguille,  un ouvre boîte, …  

 

Je le garde fièrement en main et ferme les yeux en imaginant les aventures que nous allons partager…

 

… ouais, bon … ça pourrait vraiment se passer comme cela.

 

Au début, c’est vrai, toutes les occasions sont bonnes pour le sortir, mais finalement :

 

La lame : on la sort rarement (pour éviter que du kiri viennent obstruer les rainures par exemple).

L’ouvre boîte : bon, ben, on mange au restaurant, alors … pas de boîte de raviolis à ouvrir.

Le tournevis : faudrait encore que l’on sache bricoler !

L’aiguille : vous vous voyez, vous, faire de la couture ?!?

Le cure-dent : c’est le 1er truc que l’on perd sans s’en apercevoir …

 

Bref, après plusieurs semaines, on fini par ne plus savoir dans quelle poche il dort.

 

Et lorsque l’on retrouve ce satané canif, il nous rappelle avec violence que nous ne sommes pas des aventuriers.

 

Moralité tranchante : à 10 ans, on rêve d’un canif pour découvrir le monde, à 30 ans c’est pour se servir du tir bouchon !

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